Archive pour décembre 2007

Le « mobinaute»  et la possibilité de rencontre des sites

Vendredi 21 décembre 2007

Apparition du « mobinaute» 

Le mobinaute, avant que de renvoyer au site éponyme rendant compte de l’actualité dans les domaines de la mobilité, GPS, Pocket PC, Windows Mobile et smartphone, désigne une personne surfant sur Internet via son mobile.

L’article « Téléphones mobiles, bons à tout faire»  paru dans l’édition du Monde du 15/12/07 rapporte que de nombreux spécialistes de la communication pensent que nous sommes entrés, en France, dans « l’an I des services mobiles» , en raison de deux évolutions essentielles : d’une part, le déploiement du réseau 3G, et d’autre part, l’amélioration de l’ergonomie des interfaces mobiles (meilleure visualisation grâce à des écrans de résolution et de dimensions plus grandes)

Un troisième paramètre est cependant nécessaire : l’ergonomie du navigateur Web, partant du principe qu’on ne peut surfer de la même manière sur deux écrans de taille résolument différente. Si certaines fonctions (sms, consultation de courrier électronique, voire même télévision sur mobile, notamment en Asie) ont déjà été bien intégrées, cette activité de base de l’internaute à domicile (» surfer» ) n’ait pas des plus aisée en situation de mobilité. Les retours d’expérience de l’Iphone vont être, à ce titre, peut-être tout aussi intéressants que l’étude de Médiamétrie qui ne nous informe finalement que sur les pratiques d’un mobinaute jusqu’alors quelque peu claquemuré.

« Les navigateurs web mobile au banc d’essai»  (Mobinaute)

Selon le magazine Mobinaute, l’utilité du navigateur dépend de la position du mobinaute : en situation de mobilité ou à domicile.

On distingue deux types d’utilisations bien distinctes. En déplacement, outre l’accès aux sites d’informations, on utilisera surtout le Web pour obtenir une information salvatrice. Besoin d’une adresse ? D’un numéro de téléphone ? Des coordonnées d’une enseigne située à proximité ? Un bon navigateur mobile ne vous laissera jamais tomber. A domicile cette fois, le surf mobile devrait être plus orienté loisir. Avec une liaison Wi-Fi, vous pourrez accéder à vos sites d’information préférés depuis les endroits les plus exotiques de votre maison.

Si ces remarques sont pertinentes, il est fort possible que d’autres usages apparaissent en situation de mobilité, mais à l’occasion d’une mobilité davantage contrôlée comme lorsque, touristes, nous souhaitons disposer de contenus localisés plus élaborés, lors de la visite d’un musée ou d’une ville par exemple. Puisque le risque, pour le musée qui n’aurait pas assez anticipé l’apparition de nouveaux besoins et de certains réflexes en cours d’intégration (et désormais celui de la connectivité, qui rend de plus en plus insupportable le fait de ne pas disposer de connexion dans certaines situations) est de se voir de plus en plus « parasiter»  par des visiteurs visualisant ou écoutant sur leur téléphone portable les informations supplémentaires qu’ils n’auront su trouver sur place par un autre moyen. Une masse d’informations est disponible sur le Web, une information qui est parfois institutionnelle. Pourquoi réinventer la roue ? La question cruciale est donc bien la suivante : comment rendre disponible un contenu Web conçu et pensé pour un usage domestique – pour clavier, souris, et écran relativement standard – sur une interface mobile (smartphone, PDA, etc.) ?

Possibilité de rencontre des sites

La recherche et le développement d’interfaces hardware et software s’effectue tout azimut. Nous pouvons relever les récentes démonstrations de prototypes de vidéoprojection à partir d’un téléphone mobile, permettant de dépasser le problème de la limitation de la taille des écrans des interfaces mobiles, comme la Mobile Web Initiative du World Wide Web Consortium dont le directeur, Tim Berners-Lee, espère que les outils développés participeront de l’unification du Web (voir à ce sujet l’article « Preserving One Web« d’Erica Naone, paru dans la Technological Review le 16 novembre 2007) utile aux usagers, quelque soit sa situation.

S’il est donc trop tôt pour aujourd’hui répondre à cette question, nous pouvons tenter d’en comprendre les enjeux. Le Web s’est développé indépendamment de la question de sa localisation géographique quand bien même il empruntait son vocabulaire à celui de la découverte géographique (» naviguer» , « site» ). De là toutes les métaphores autour du thème de l’île et de l’utopie (qui, rappelons-le, signifie par la présence du préfixe privatif « u»  devant le mot grec « topos»  : « sans lieu» ) et l’appropriation par la websphère des textes d’Akim Bey, père du concept de zone d’autonomie temporaire (TAZ). Le chapitre « Psychotopologie de la vie quotidienne»  partait du constat de ce que l’auteur appelle « la fermeture de la carte»  pour mieux valoriser la possibilité d’ouverture que représente la zone autome. Le cyberspace a ainsi pu être interprété comme un réservoir infini permettant l’établissement de nombreuses zones autonomes en ligne, libérées des contraintes du monde physique.

Avec l’arrivée du web sur mobile et l’apparition du mobinaute, nous pouvons nous attendre à un phénomène contraire de superposition du site Internet au site physique, que nous appelons la possibilité de rencontre des deux types de sites. Que se passe-t-il quand le cyberspace rejoint l’espace physique ? Il convient dès lors de réfléchir, quand cela est évidemment pertinent, à une certaine mise en cohérence des deux sites.

C.L.

PS : Sur la duplicité du terme « site» , lire le livre d’Anne Cauquelin, Le site et le paysage, Paris : PUF, 2007

« L’art, le territoire et réciproquement» , colloque interdisciplinaire, Ecole Nationale des Beaux-Arts de Lyon

Lundi 17 décembre 2007

Hiver 2007-2008 : colloque et publication
Pour clore l’édition 2007, un colloque interdisciplinaire est organisé à l’Ecole Nationale des Beaux-Arts de Lyon les 13 et 14 décembre 2007. Le catalogue de l’exposition et les actes du colloque seront édités début 2008 en partenariat avec le CERTU.

L’art, le territoire et réciproquement
Colloque interdisciplinaire

13 et 14 décembre 2007
Ecole Nationale des Beaux-Arts de Lyon

> Formulaire d’inscription

> Télécharger le programme du colloque (pdf)

Sources : site Internet Veduta

Futuresonic : Online, Mobile and Unplugged Social Networking

Lundi 17 décembre 2007

Urban Festival of Art, Music & Ideas
1-4 May, Manchester, UK
2008 Conference
2007 Commissions & Projects
2008 Commissions & Getting Involved

The 2008 Theme
The Social – Social Networking Unplugged

An annual festival of art, music and ideas, which is currently in its 12th year, Futuresonic occupies the orbits of both music and digital culture.

Extending the focus in recent years on presenting artworks in unexpected city spaces, and on social art and social technologies, the 2008 theme is The Social – Social Networking Unplugged.

The Social Theme

40 years after people took to the streets of Paris in 1968 calling for society to be abolished, join us as we go in
search of the social today.
The festival and conference will explore the new social spaces and the social implications of technologies for the many different kinds of people who make, use and are affected by them.
Today we can occupy many different social spaces at once. Social software, online worlds, and the internet itself create an extension of social space, and new ways for people to find the stuff that interests them, link up with others, and share. Computers have become social interfaces for sharing digital media and collaborating to build online communities and folksonomies.
In all parts of the globe people are seeking to open up or hold onto places to meet and communicate freely, online and offline. In India we see emergent kinds of community media, in South Korea new social uses of the mobile internet, and in Brazil the spread of ‘cultural hotspots’. The conference will explore how we can rethink all kinds of social space and social interaction – how can we remake cities, or intervene in the forces, inequities and inequalities that shape society.
Some technologies are more social than others. Social technologies are bottom up and many-to-many instead of one-to-one or one-to-many. They can include technologies created and maintained by social networks, such as communities of developers and users working collaboratively with open source tools.
But at the same time we see how electronic communication can isolate us, as more and more people drown in a deluge of email that generates stress, even reducing IQ. Additionally, ‘online communities’ are based upon an artificial equivalence between ‘users’ which obscures power relationships and issues of ownership.
Digital culture burns bright with a vision of being not in isolation but in groups, placing the relations between people first. Beyond the hype lies ever greater isolation and conformity.
Join us as we go in search of the social

Sources : site de Futuresonic

Détournement de caméra de vidéosurveillance sans fil par MarsWalkers

Lundi 17 décembre 2007

Karl Otto Von Oertzen et Alexandre Berthier, deux membres constitutifs de MarsWalkers, ont réalisé une démonstration de détournement de caméra de surveillance sans fil (CCTV), à l’occasion d’un atelier pratique dans le cadre du Dorkbot Paris n°7.

Source : Ville 2.0

Flash Earth : un comparateur de cartes

Jeudi 13 décembre 2007

A l’instar des comparateurs de prix vol , le designer interactif Paul Neave (également concepteur de neave.tv) vous propose un comparateur de cartes, intitulé Flash Earth. Vous pouvez ainsi, une fois un lieu sélectionné, jongler d’une représentation à une autre, comme, par exemple, de Google Maps à Microsoft VE, NASA, Yahoo, etc.

Représentation des pistes de ski en 3D

Jeudi 13 décembre 2007

Les représentations en trois dimensions doivent justifier leur pertinence, par rapport aux représentations en deux dimensions qui semblent généralement satisfaire les besoins. La représentation du relief (pente, etc.) est une de ces justifications. Le site ski.com permet ainsi au skieurs de visualiser les différents types de piste, selon leur difficulté, les accès routiers, et les différents services de proximité, afin de mieux se préparer à distance.

Source : Blog Atelier de Design numérique de l’ENSCI

« De la rigueur de la science»  (Borgès)

Lundi 10 décembre 2007

Dans un article intitulé L’espace et son double consultable en ligne, paru dans Mappemonde (Belin-Reclus), nº 52, décembre 1998, Laurent Grison commente le fameux texte de Borgès, « De la rigueur de la science» , que l’auteur prête à un auteur fictif du 17ème siècle.

En cet empire, l’Art de la Cartographie fut poussé à une telle Perfection que la Carte d’une seule Province occupait toute une Ville et la Carte de l’Empire toute une Province. Avec le temps, ces Cartes Démesurées cessèrent de donner satisfaction et les Collèges de Cartographes levèrent une Carte de l’Empire, qui avait le Format de l’Empire et qui coïncidait avec lui, point par point. Moins passionnées pour l’Étude de la Cartographie, les Générations Suivantes réfléchirent que cette Carte Dilatée était inutile et, non sans impiété, elles l’abandonnèrent à l’Inclémence du Soleil et des Hivers. Dans les Déserts de l’Ouest, subsistent des Ruines très abîmées de la Carte. Des Animaux et des Mendiants les habitent. Dans tout le Pays, il n’y a plus d’autre trace des Disciplines Géographiques. Borges J.-L., 1994, (première édition française, 1951), Histoire universelle de l’infamie/Histoire de l’éternité, Paris, Union générale d’éditions, collection 10/18. page 107.

L’un des commentaires les plus célèbres de ce texte est de Jean Baudrillard. Dans Simulacres et Simulation (1981), il recourt à la fable de Borgès, pour qualifier l’ère de la simulation et l’avènement de ce qu’il appelle l’hyperréel, caractérisé par la « substitution au réel des signes du réel» . Ainsi, dans le chapitre introductif « La précession des simulacres»  (p.10) :

Aujourd’hui l’abstraction n’est plus celle de la carte, du double, du miroir ou du concept. La simulation n’est plus celle d’un territoire, d’un être référentiel, d’une substance. Elle est la génération par les modèles d’un réel sans origine ni réalité : l’hyperréel. Le territoire ne précède plus la carte, ni ne lui survit. C’est désormais la carte qui précède le territoire [souligné par moi] – précession des simulacres – c’est elle qui engendre le territoire et s’il fallait reprendre la fable, c’est aujourd’hui le territoire dont les lambeaux pourrissent lentement sur l’étendue de la carte. C’est le réel, et non la carte, dont les vestiges subsistent ça et là, dans les déserts qui ne sont plus ceux de l’Empire, mais le nôtre. Le désert du réel lui-même.

Il est intéressant de remarquer combien le contenu du propos, à tonalité quelque peu fataliste (» Le territoire ne précède plus la carte, ni ne lui survit» ) ou plutôt nihiliste, comme il se définit lui-même, (p.229) a été repris avec des accents beaucoup plus positifs dans les écrits d’acteurs et d’observateurs des modifications à l’oeuvre dans nos ville à l’ère du numérique, et plus précisément dans l’article La carte fait le territoire de Daniel Kaplan (ce dernier rappelant en conclusion que “La carte est le territoire” est l’un des thèmes de réflexion du programme “Villes 2.0″ sur l’avenir des villes et des technologies, organisé par la FING). Changement d’époque ?

Un livre blanc, et www.unsiteblanc.com de Philippe Vasset

Lundi 10 décembre 2007

Un article intitulé « Philippe Vasset : cartographie des espaces vides»  paru dans Le Monde du 07/12/2007 précise la démarche qui a présidé à la réalisation de l’ouvrage Un livre Blanc de Philippe Vasset paru chez Fayard en septembre 2007, et mentionne le site Internet associé à cette publication, www.unsiteblanc.com (copie d’écran du site ci-dessus, concernant la zone du Landy, à Saint-Denis), base de données du travail de l’Atelier de Géographique Parallèle (AGP) :

Comment ne pas écrire de fiction ? Philippe Vasset tente de répondre à sa manière avec Un livre blanc (sous-titré « Récit avec cartes» ). Soit une enquête-installation qui démarre sur une contrainte spatio-temporelle : « Pendant un an, j’ai donc décidé d’explorer la cinquantaine de zones blanches figurant sur la carte n° 2314 OT de l’Institut géographique national qui couvre Paris et sa banlieue.»  Muni d’une feuille de route et des « outils de l’exploration traditionnelle»  (balise GPS, appareil photo, carnet de croquis), l’écrivain se donne une mission de type réaliste : « Une fois la zone blanche localisée, j’essayais de décrire le plus précisément que je le pouvais la configuration des lieux»  qui induit un pacte de lecture vérifiable sur place. « Allez-y voir vous-même si vous ne voulez pas me croire» , dit l’épigraphe signé Lautréamont.

Ce travail pose la question de l’exhaustivité de la carte. Dès lors que l’on complète les « trous» , les zones non identifiées d’une carte en en décrivant sur un mode littéraire complété par des images présentes sur le site précisément les lieux (qui ne sont pas ici des non-lieux, au sens défini par Marc Augé dans Non-Lieux, introduction à une anthropologie de la surmodernité (1992), mais des friches, comme l’avait fait remarquer Elie During et Laurent Jeanpierre dans leur conférence intitulée « Postpolis, métapolis : figures de l’après-ville » à l’Observatoire des Nouveaux Médias, ENSAD, le 25 avril 2007, évoquant les confusions dans l’appropriation fréquente de l’expression par les artistes) et donc, en les révélant, ce projet ne participe t-il pas d’une définition d’une carte co-extensive avec le territoire, proche de ce que décrit le texte de Borgès ? A bien y réfléchir, pas véritablement. Si ce travail nous donne à voir – et attire notre attention sur – un territoire jusqu’alors invisible, parce que non cartographié, nous avons davantage l’impression d’une approche multimédia prolongeant ce que Georges Perrec avait expérimenté, avec les seuls moyens de la littérature, place Saint-Sulpice, dans son fameux Tentative d’épuisement d’un lieu (cf. l’appropriation sur Internet du même texte, recourant aux liens hypertextuels, et qui, qui par ailleurs, vous permettra d’accéder au texte original, certes sans le rapport premier au livre dans toute sa matérialité). Tentative vaine d’épuisement d’un réel qui se dérobe parce qu’il ne saurait être épuisé par son double (cf. Clément Rosset), mais davantage, peut-être, par l’immersion dans le lieu, et qui pose avant tout la question de la traduction d’un lieu et donc de son expérience.

Christophe Leclercq

Sources :

Lien vers l’article sur le site du Monde

Lien vers l’article de Jean-Louis Boissier, « Philippe Vasset, un livre, des cartes GPS, des photos, des vidéos» , paru sur le blog Arts des nouveaux médias le 27 octobre 2007.

« L’art contemporain à l’oeuvre… cartographique»  (Sophie Blandinières)

Lundi 10 décembre 2007

Sophie Blandinières, journaliste, a rédigé un article intitulé « L’art contemporain à l’oeuvre… cartographique« , publié dans les Dossiers de l’ingéniérie éducative en octobre 2003, consacré aux Cartes et Systèmes d’Information Géographique et également disponible sur le site du Centre National de Documentation Pédagogique (CNDP).

Ce dossier, à destination des enseignants, dresse une liste des « applications pédagogiques en géographie et histoire»  possibles, puis des « application pédagogiques en sciences de la Terre» , avant d’aborder les « outils et ressources»  et finir sur un « coup d’oeil»  concernant les pratiques artistiques liées à la représentation du territoire.

Ce dernier texte s’appuie sur l’exposition GNS (Global Navigation System), Palais deTokyo (05/06/2003 au 07/09/2003). Il montre comment, puisque les artistes se la sont appropriés, la « cartographie n’est plus l’apanage des cartographies officielles» . Nous vous proposons de vous en livrer les principales idées.

Dans son premier paragraphe, elle pointe l’existence d’une « géographie sélective« , citant en exemple la planisphère des droits homosexuels créée par le Danois Henrik Olesen, annonçant les mashups cartographiques.

Dans le second, « Une cartographie inventive et réaliste» , elle indique, en commentant le propos du commissaire de l’exposition, Nicolas Bourriaud, évoquant dans le catalogue un « art topocritique« , que les « géoartistes auraient donc les moyens de livrer une connaissance du réel parfois plus exacte que le scientifique n’en a le pouvoir, en conjuguant les techniques, les matériaux et les niveaux d’observation.» 

Dans le dernier paragraphe intitulé « Une cartographie fictive et réelle» , l’auteur insiste sur la « topologie individuelle« , citant l’exemple de Mon plan de métro de Paris (2000) de l’artiste Pierre Joseph dans lequel l’artiste se propose de reconstituer de mémoire le plan de métro parisien, carte qui devient dès lors « son»  plan de métro. Oeuvre en ce sens très proche du projet Amsterdam Realtime (2002) que nous avons cité dans ce blog. A la différence que ce dispositif se voulait collectif, superposant les différents parcours des habitants d’Amsterdam obtenu grâce à un GPS, et permettant de dessiner la ville vécue, traversée par ces habitants. L’article, dans sa conclusion, remarque que « la carte peut déformer la réalité, s’éloigner du diktat de la conformité, tant qu’elle est porteuse de sens« .

Si nous pouvons, à partir de cet article, considérer les artistes comme des pionniers de cette « cartographie amateur»  ou « géographie personnelle» en pleine expansion à laquelle nous avons consacré un article, nous pouvons également poser la question suivante : le sens n’émerge-t-il pas justement davantage quand il concerne la collectivité ?

Cartographie amateur et géographie personnelle

Mercredi 5 décembre 2007

Un article publié dans le hors-série trimestriel du Courrier International, et intitulé « Vive la géographie du moi ! » est consacré à ce phénomène d’appropriation des cartes disponibles sur le réseau, ou « cartographie amateur» . Il est la traduction d’un article de Constantin Gillies publié en allemand dans Die Welt et premièrement intitulé « Die neue Vermessung der Welt »

L’article rappelle les présupposés d’une telle pratique : d’une part, la mise à disposition gratuite et en ligne de cartes diverses – mouvement initié par Google le 8 février 2005, mais suivi, entre autre, par Yahoo et Microsoft ; et d’autre part la possibilité pour l’internaute d’ « annoter et de fabriquer sa propre carte commentée ». C’est-à-dire de les personnaliser.

Une ambiguïté est cependant présente jusque dans le titre de la traduction française, qui n’est que partiellement représentatif de l’ensemble du contenu de l’article. Elle réside dans la confusion entre carte personnelle et carte personnalisée. Si la carte est effectivement personnalisée, c’est-à-dire qu’elle a fait l’objet d’une appropriation par une personne physique, est-elle pourtant représentative, dans ce qu’elle nous propose, d’une géographie personnelle, au sens d’une géographie du moi ? Certainement non.

Le mashup y est défini, entre crochets, comme « une application qui combine du contenu provenant de plusieurs applications plus ou moins hétérogènes. » Parmi les mashups, l’association d’une carte et d’un contenu en rapport avec un lieu est des plus intéressantes. Or il ne faut pas confondre deux informations de type bien différent, à savoir les cartes faisant l’objet d’annotation personnelle (annotations qui se rapportent au sujet annotant, subjective, mais à prétention parfois objective, d’où certains malentendus – « je suis là », ou « je suis passé par là », « je vous recommande cela parce que j’ai bien aimé », etc.) de celles faisant l’objet de superposition de cartes préexistantes, basées sur des données objectives en provenance d’organismes ou d’experts reconnus dans les domaines qui sont les leurs.
Dans le cas, et du point de vue du contenu – et non seulement du point de vue du producteur de la carte – il s’agit effectivement d’une géographie du moi (« ma carte », « ma géographie personnelle ») ; dans le deuxième, on se demande ce que le moi à bien à voir là-dedans, puisque le résultat est bien davantage d’un « outil de discours », comme Bernhard Rieder l’a signalé sur ce blog, voire même d’un nouveau type de discours : un savoir par la carte, puisque la carte finit par parler d’elle-même, en rendant visible des corrélations.

S’il est intéressant de remarquer combien les artistes anticipent, à l’instar de Pierre Joseph dans Mon plan de métro de Paris (2000), ces pratiques (voir à ce sujet le texte en ligne « L’art contemporain à l’œuvre… cartographique), la reconnaissance de trois cercles peuvent nous faire comprendre certaines différences par l’identification de la valeur d’usage de l’information déposée, plus ou moins individuelle et/ou collective :
1 – L’information ajoutée me concerne et j’estime qu’elle n’intéresse que moi (exemple : trajet détaillé sur Google maps dans le cadre d’une préparation d’un voyage). Elle est d’usage privé.
2 – L’information ajoutée me concerne mais j’estime qu’elle peut intéresser un un groupe d’individus identifiés (amis, collègues, « tribus »). Elle est d’usage semi-confidentiel ou, par effet de miroir, semi-publique. Il en va ainsi de http:/plazes.com site Internet cité dans l’article, dans lequel « les utilisateurs indiquent en temps réel le lieu où ils se trouvent et peuvent savoir où sont leurs amis – inscrits sur Plazes – à chaque instant ».
3 – L’information ajoutée ne me concerne pas a priori; elle provient d’un organisme ou d’experts jugés sérieux (information de type scientifique). Elle est de nature publique. On peut ainsi trouver quelque intérêt dans l’appropriation qu’en fait l’US Holocaust Memorial Museum quand il nous décrit les 1600 villages du Darfour ravagés avec témoignages, statistiques sur les populations déplacées et photographies www.citu.info/hyperurbain/?p=92 ; ou bien, à la carte du crime de Chicago chicagocrime.org/map/

L’articulation traditionnelle, binaire et exclusive, des notions privées/publiques – que Pierre Joseph fait se télescoper dans son plan de métro parisien personnel – nous empêche peut-être encore de bien cerner la nature de cet entre-deux que représente le second cercle. Les frontières entre ces différents cercles sont par ailleurs poreuses (je peux partager ma carte Google relatant mon voyage pour faire bénéficier mes amis des « bons plans » que j’aurais annotés). Mais, d’une manière générale, c’est la confusion très fréquente entre ces trois cercles qui rend indigeste la lecture de certains sites Internet participatifs et en constitue leur talon d’Achille. On pourrait résumer l’exaspération parfois ressentie par les questions suivantes qui ne manquent pas de revenir : « En quoi cela est-il sensé me concerné ? », « En quoi cette information est-elle valide ? » ; quand ce n’est pas : « A quand le retour des experts ? ».

La question est donc bien celle de la hiérarchisation des informations comme celle d’une gestion judicieuse des droits d’accès à ces informations, éléments de réponse à l’inévitable dérive inflationniste de l’information (ou infobésité) à l’ère du numérique, et pierre de voûte d’une écologie informationnelle. Mais réponse qui n’est pas facile à une époque de remise en cause des différents types d’autorités, phénomène conjugué à une exacerbation du moi dont certains des enjeux gagnent en visibilité (voire les dernières péripéties autour de l’utilisation des données personnelles de Facebook, qui ne constitue vraisemblablement qu’un chapitre dans la grande braderie de ce type de données).

C.L.