Archive pour la catégorie ‘Ecologie informationnelle’

La Ville, son Modèle et l’Artiste. Exposition-démonstration (14-24 janvier 2010, Bellevilloise)

Mercredi 6 janvier 2010

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Dans le cadre du projet TerraNumerica, le CITU (université Paris 8, laboratoire Paragraphe / université Paris 1, LAM), présente :

 LA VILLE, SON MODELE ET L’ARTISTE

Le CITU dans TerraNumerica : les artistes s’emparent des modèles urbains.

TerraNumerica, 3 ans de recherche sur les nouvelles formes de représentation urbaine, du modèle à l’information, se clôt avec la présentation des résultats. C’est aussi l’occasion pour les artistes de s’approprier la ville informée. Les systèmes d’information géolocalisée se multiplient. La fusion de la carte et du territoire induit un nouveau regard sur le monde. L’appropriation artistique de ces outils en révèle le potentiel, les limites et les inquiétudes. C’est là une des problématiques de recherche et création du CITU liée à l’exploration des complexes urbains et de leur nouvelle porosité informationnelle.

À partir du 14 janvier, journée de présentation du programme de recherche TerraNumerica par les 17 partenaires.

En clôture de cette journée, et jusqu’au 24 janvier, le CITU inaugurera l’exposition des propositions développées par les artistes dans le cadre de TerraNumerica.

Avec les installations de:

Florent di Bartolo: Infinity

Ce projet de site Internet propose à ses utilisateurs de se connecter à une interface 3D pour importer et géolocaliser leurs images de Paris. En mode visiteur, les bâtiments et le sol se retrouvent colorés en fonction de la position occupée dans le mode participatif par les images publiques et privées, la couleur dépendant de leur quantité en un emplacement donné.

Maurice Benayoun: Last life

Sur Internet, un univers tridimensionnel blanc, une ville (Paris). La ville est peuplée d’images provenant de webcams. On y découvre la vraie vie des participants. L’observer, c’est offrir des points de vie. Être observé, c’est gagner des points. Quel que soit l’objectif que le participant s’est fixé, atteindre la plus grande visibilité ou rester dans l’anonymat le plus profond, il devra modifier sa vraie vie telle qu’elle apparaît dans la fenêtre de la webcam soit pour justifier l’attention que le visiteur lui portera ou encore pour préserver sa discrétion.

Mayumi Okura et Dominique Cunin: Paris-Souvenir

Le temps passé dans différents lieux au fil d’un trajet urbain constitue la matière première de Paris souvenirs. Il propose de représenter le degré de précision des souvenirs que nous avons des rues que nous avons empruntées sous la forme de sculptures de petite échelle et enserrées dans des boules à neige de type touristique. Seuls les bâtiments situés autour du trajet décrit par la personne dans ses déplacements sont représentés. Plus le temps passé dans un lieu et long, et plus sa représentation est précise et de grandes dimensions.

Karen O’Rourke: Partially Buried University

L’amphithéâtre du Centre Saint Charles (Université Paris 1) connaît un problème d’infiltration en raison de la présence d’une zone de rétention sur la terrasse du bâtiment. Croisant cette réalité prosaïque avec la notion d’entropie, au coeur du projet Partially Buried University de l’artiste Robert Smithson, le visiteur est invité à participer à l’élaboration d’un jardin suspendu imaginé sur cette même terrasse afin de capter l’eau résiduelle. Aménagement qui pourrait toutefois participer de l’ensevelissement du Centre Saint Charles.

Bertrand Planes: Zoom

Le projet Zoom traite de la notion de relation à la limite. Il propose un mode exploratoire alternatif à celui en usage dans les services cartographiques de type Google Earth : une navigation continue dans la texture en zoom avant, sans avoir recours aux effets de l’interpolation, ceux-là même qui participent de l’illusion de zoom. Chaque vue est alors composée d’une mosaïque d’images dont l’échelle est conservée dans une progression sans fin.

Seront également présentés pendant la durée de l’exposition:

Le télescope de réalité virtuelle réalité augmentée conçu, développé et produit par le CITU dans le cadre de TerraNumerica avant son installation sur la terrasse de l’Arc de Triomphe. Un nouveau laboratoire pour expérimenter les nouvelles formes du regard sur la ville.

Texture participative : la peau de la ville, nouvelle surface d’écriture.

La Montre Verte : capteurs individuels au service d’une cartographie participative et temps réel de la pollution urbaine.

Ainsi que 3 projets-concepts de l’Atelier de Design Numérique de L’ENSCI-les Ateliers.

TerraNumerica est un projet du Pôle de compétitivité Cap Digital sur le développement de nouveaux outils de modélisation de la ville et d’exploration informationnelle du web à la réalité virtuelle en passant par le mobile et la réalité augmentée.

Infos pratiques :

du 14 au 24 janvier 2010
de 12h à 19h

Le SAS à la Bellevilloise

19-21 rue Boyer

Paris 20eme

Contact : helene.perreauATcitu.info

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Paris Region Innovation Tour – 30 novembre 2009, Cité des Sciences et de l’Industrie

Lundi 16 novembre 2009

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Paris Region Innovation Tour tiendra son édition 2009 à la Cité des Sciences et de l’Industrie le lundi 30 novembre prochain, autour de 5 thèmes dont « Ville & Environnement durable» , « Mobilité et Transports» .

La 5ème édition du Paris Region Innovation Tour se tiendra le 30 novembre 2009 à la Cité des sciences et de l’industrie. 

Les 7 pôles de compétitivité d’Ile-de-France  : System@tic, Advancity, ASTech, Cap Digital Paris Region,  Finance innovation, Medicen, Mov’eo, vous invitent à découvrir l’Europe des Clusters pour
•    Réfléchir et échanger sur les enjeux de l’Europe des clusters
•    Rencontrer des clusters européens pour initier ou développer des partenariats et des projets de R&D
•    Découvrir les innovations technologiques des pôles franciliens et des clusters présents
En 2008, le Paris Region Innovation Tour a accueilli près de 250 participants internationaux représentant plus de 70 organisations : entreprises privées, laboratoires de recherche et organismes publics.
Le PRIT, c’est l’occasion d’échanger sur les enjeux de la coopération européenne, de renforcer les relations existantes et d’amorcer des partenariats internationaux dans les domaines des technologies de l’information et du numérique, de la santé, de l’innovation financière, de la ville et de la mobilité et de l’environnement durable.

Programme de la journée.

Entrée gratuite sur inscription pour tous les membres des pôles de compétitivité franciliens et leurs partenaires en France ou à l’international

Sources:

Paris Region Innovation Tour. [en ligne] www.prit2009.eu

« Réalité augmentée, le nouvel eldorado des smartphones»  (FredCavazza.net)

Mercredi 15 juillet 2009

Voici un état de l’art de Fred Cavazza sur les prototypes d’application de réalité augmentée sur mobile. La bataille de communication ne fait que commencer entre les projets Layar (évoqué ci-dessous), Nearest Tube d’Acrossair, Wikitude, Twittaround et Augmented ID de The Astonishing Tribe (TAT) dont les applications permettraient de trouver un appartement à acheter, repérer le métro le plus proche, créer des géo-tags, visualiser les tweets publiés dans un lieu donné, établir l’identité d’une personne. Applications à l’intérêt variable et dont l’utilisabilité reste évidemment à prouver – on élude ainsi pour l’instant la question de la consommation en énergie de telles applications recourant notamment en simultané à la vidéo et au GPS. Mais prometteuses quant à leur possibles appropriations ou détournements, et intéressantes dans leur faculté à transformer l’espace physique environnant en un potentiel réservoir d’informations numériques, ouvrant vers les pratiques du world browsing et du face scanning, les humains et non-humains devenant de façon équivalente supports d’informations potentiellement disponibles (s’il on est évidemment équipé). Belle occasion de nourrir une réflexion sur une écologie informationnelle.

Fred Cavazza introduit ainsi son article :

J’ai comme l’impression que les applications tournant autour de la réalité augmentée sur des terminaux mobiles sont en train d’exploser. Vous connaissiez déjà les audioguides (largement répandus dans les musées), mais avec l’arrivée sur le marché de smartphones équipés de puces GPS et de compas électronique, le marché risque bien de s’envoler. [lire la  suite de l'article]

Sources :

CAVAZZA, Fred. « La réalité augmentée, le nouvel eldorado des smartphones»  in FredCavazza.net [en ligne] www.fredcavazza.net/2009/07/14/realite-augmentee-le-nouvel-eldorado-des-smartphones/

Illustration : « TAT Augmented ID»  in Youtube.

Visualiser les flux d’informations : New York Talk Exchange et Palantir

Jeudi 27 novembre 2008

L’intervention de Boris Beaude, géographe et chercheur, « Espace de la carte, espace des individus » lors de la seconde session du colloque Mobilisable a mis en relief des projets de visualisation de flux d’information, couplée à une representation tridimensionnelle de la Terre : New York Talk Exchange et Palantir.

New York Talk Exchange (vidéo illustrative)

New York Talk Exchange illustrates the global exchange of information in real time by visualizing volumes of long distance telephone and IP (Internet Protocol) data flowing between New York and cities around the world.

In an information age, telecommunications such as the Internet and the telephone bind people across space by eviscerating the constraints of distance. To reveal the relationships that New Yorkers have with the rest of the world, New York Talk Exchange asks: How does the city of New York connect to other cities? With which cities does New York have the strongest ties and how do these relationships shift with time? How does the rest of the world reach into the neighborhoods of New York? [Sources : site Internet NYTE]

 

Le projet Palantir (vidéo)   est ainsi décrit par Emmanuelle Delsol dans le Monde informatique.fr du 27 novembre :

A l’occasion d’un « Facebook Hackaton », une des nuits de codage organisées par le réseau, trois ingénieurs, Jack Lindamood, Kevin Der, et Dan Weatherford, ont projeté Palantir, cette animation qui donne vie aux millions d’échanges virtuels qui ont lieu chaque jour sur Facebook.

Les images montrent en temps réel les différentes actions qui se déroulent sur le réseau, chaque information étant géolocalisée. Sous nos yeux se matérialisent ainsi tous les échanges qui ont lieu en Europe, en Amérique, entre la France et les Etats-Unis, etc. Chaque couleur représente un type d’action différente, mais il est possible d’isoler une catégorie et de n’observer ainsi que les demandes d’amis ou… les ‘pokes’ (attaques purement virtuelles et amicales d’un utilisateur Facebook sur un autre), par exemple.

[Suite de l'article]

Sources :

« New York Talk Exchange» . In Senseable city Lab MIT [en ligne]. senseable.mit.edu/nyte/index.html (vérifié le 27/11/2008).

« Palantir»  In Facebook. [En ligne]. www.facebook.com/video/video.php?v=37403547074&ref=nf (vérifié le 27/11/2008).

Mobilisable. [en ligne]. www.mobilisable.net/2008/ (vérifié le 27/11/2008).

PISANI, Francis. « Trois expériences visuelles qui valent le coup» . In Transnets. 24 novembre 2008. [en ligne] pisani.blog.lemonde.fr/2008/11/24/trois-experiences-visuelles-qui-valent-le-coup/ (vérifié le 27/11/2008).

DELSOL, Emmanuelle. « Palantir dessine un Facebook vu du ciel, en temps réel» . In Le Monde informatique.fr. 27 novembre 2008. [en ligne] www.lemondeinformatique.fr/actualites/lire-palantir-dessine-un-facebook-vu-du-ciel-en-temps-reel-27502.html (vérifié le 27/11/2008).

Illustration 1 : capture d’écran du site NYTE. senseable.mit.edu/nyte/visuals.html

Illustation 2 : capture d’écran de la vidéo Palantir. www.facebook.com/video/video.php?v=37403547074&ref=nf

SmartCity : appel à projet Dédale / Cité Internationale Universitaire de Paris

Lundi 9 juin 2008

Nous faisons suivre l’appel lancé par Dédale dans le cadre de son programme SmartCity :

SmartCity est un chantier artistique de recherche et de production sur le thème de la ville intelligente, initié par Dédale et le festival Emergences. Il vise à explorer les nouvelles possibilités d’intervention artistique dans l’espace urbain.
A la pointe des nouveaux usages et de l’innovation technologique, SmartCity invite artistes, architectes, designers, chercheurs, ingénieurs et acteurs associatifs à une relecture de l’espace urbain et propose une vision de la ville équilibrée et durable, recentrée sur le citoyen.

SmartCity est un programme européen de rencontres, workshops de production et d’expérimentation, production de projets d’artistes dans l’espace urbain et événements : installations audiovisuelles monumentales, déambulations et performances, locative art, design sonore, architectures éphémères ou interactives, projet participatif, urban game art, installations dans les commerces, etc.

L’appel à projets SmartCity 2008 est désormais clos. Vous avez été très nombreux à nous envoyer vos propositions et nous vous en remercions. La sélection est en cours. Les réponses vous seront communiquées dans le courant du mois de juillet.
Dans le cadre de notre veille permanente et des activités 2009, vous pouvez continuer à nous envoyer vos propositions.

Par ailleurs, Dédale lance un appel à projets spécifique en partenariat avec la Cité Culture / Cité Internationale de Paris.

Dans le cadre du projet SmartCity, Dédale et la Cité internationale universitaire de Paris proposent à des artistes de réaliser un projet artistique sur le territoire de la Cité internationale.

Objectifs
> Proposer au public une relecture de l’espace urbain et des problématiques territoriales en travaillant sur le décalage, la modification de perception du territoire ou encore le détournement
> Présenter des projets en prise directe avec le quotidien des habitants, leurs pratiques et leur environnement urbain en s’appuyant sur des caractéristiques territoriales (architecturales, sociales, historiques, géographiques)

Domaines artistiques concernés
Arts visuels, performances, architecture, design interactif ou sonore

Territoire d’intervention > la Cité internationale universitaire de Paris
Située sur un parc de 34 hectares au sud de la capitale, la Cité internationale universitaire de Paris représente la plus forte concentration de résidences universitaires de la ville et de la région Ile-de-France : 5 500 lits, répartis dans 37 maisons.
Les résidents – étudiants, chercheurs, artistes, etc.-, issus de plus de 130 nationalités, ont  contribué à faire de la Cité un lieu de rencontres et d’échanges culturels dès sa création. L’importante activité artistique de la Cité renforce d’autant plus cette mixité interculturelle.
Identifiée comme un laboratoire d’innovation architecturale dès sa première phase de construction vers 1925, puis lors de la deuxième vague dans les années 60, la Cité doit aujourd’hui relever d’importants enjeux d’aménagement urbain.
De nombreux axes de communication sont présents sur le site de la Cité, produisant des coupures et nuisances variées. Le plus important d’entre eux est le boulevard périphérique sud, constitué de 5 voies, mais on trouve également la ligne de RER, l’avenue David-Weill, la ligne enterrée de l’aqueduc, etc.
L’harmonisation du site et la régulation des pollutions générées par ces axes sont devenues une priorité pour la Cité.

Thématique
Autour du thème central de l’intégration urbaine du périphérique, les artistes sont invités à imaginer de nouvelles connexions entre la Cité internationale et Gentilly. Actuellement, la traversée entre les deux rives se limite à deux points de passage piétonnier, reliés par une passerelle.

Nature des projets recherchés
- Installations audiovisuelles monumentales
- Projets déambulatoires et parcours artistiques, connexions entre les résidences
- Installations / architectures éphémères, interactives
- Projet artistique faisant intervenir le végétal
- Design sonore d’espaces publics, d’infrastructures, de bâtiments
- Projets artistiques impliquant les résidents de la Cité et les habitants de la ville de Gentilly
- Urban game art
- Locative art
- Projets faisant appel aux technologies mobiles, à l’interactivité et aux TIC
- Projets en lien avec les pollutions urbaines : pollutions sonores, visuelles, atmosphériques, électromagnétiques…

Projet doté d’une bourse minimum de 10 000 €

Date limite de dépôt des dossiers 30 juillet 2008

Constitution des dossiers
- un dossier de présentation du projet ainsi qu’un budget de production
- une biographie de l’artiste
- une documentation vidéo sous format CD-ROM ou DVD

Les dossiers devront être envoyés par courrier à l’adresse suivante :
Dédale
23 rue Olivier Métra
75020 Paris

« Pour une écologie informationnelle»  (Internet Actu)

Vendredi 16 mai 2008

Voici un article qui illustre la montée en puissance de ce concept – notion à laquelle nous sommes particulièrement sensibles sur ce blog, et qui est travaillée par le programme Ville 2.0 et notamment le groupe Chronos dans leur recherche sur le 5ème écran – va apparaître de plus en plus incontournable à une époque où l’on se rend compte que la surconsommation n’a d’égal que la surproduction d’informations numériques, et l’incapacité de nos actuels outils à gérer ces informations. En voici la fin :

Il est temps d’entrer dans le coeur du débat de l’écologie informationnelle, en distinguant mieux ce qui relève d’une culture nouvelle, d’un bouleversement social qui doit interroger chacun dans ses pratiques et ce qui relève d’un saut qualitatif en matière d’interface, de design et de conception logicielle. Une écologie informationnelle n’est pas une utilisation durable de nos outils numériques – qui est aussi un problème important, mais ce n’est pas le même -, mais une utilisation durable de “notre temps de cerveau disponible”. Car si l’information et notre attention sont une matière première, au même titre que le charbon ou le pétrole, il faut reconnaître la valeur de l’activité qui en résulte et les effets néfastes des abus, des excès, des saturations nés des systèmes et des pratiques, notamment numériques. Dans cette infopollution ou nous nous noyons, cette infobésité ou nous surnageons, dans ce temps de L’enfer de l’information ordinaire, comme le clame l’excellent livre éponyme de Christian Morel, “les facteurs humains, sociaux et économiques conduisant à la mauvaise qualité de l’information ordinaire ne sont pas prêts de disparaître”. Ce n’est pas pour autant qu’il ne faut pas s’y atteler.

A quand des outils de haute qualité informationnelle comme on conçoit des bâtiments de haute qualité environnementale ? Comme le disait le philosophe Félix Guattari dans Les trois écologies : “Il n’y aura de réponse véritable à la crise écologique qu’à l’échelle planétaire et à la condition que s’opère une authentique révolution politique, sociale et culturelle réorientant les objectifs de la production des biens matériels et immatériels. Cette révolution ne devra donc pas concerner uniquement les rapports de force visibles à grande échelle mais également des domaines moléculaires de sensibilité, d’intelligence et de désir.”

Sources :

GUILLAUD, Hubert. Pour une écologie informationnelle. In : Internet Actu [en ligne]
www.internetactu.net/2008/04/24/pour-une-ecologie-informationnelle/ {vérifié le 16/05/2008}

Cartographie amateur et géographie personnelle

Mercredi 5 décembre 2007

Un article publié dans le hors-série trimestriel du Courrier International, et intitulé « Vive la géographie du moi ! » est consacré à ce phénomène d’appropriation des cartes disponibles sur le réseau, ou « cartographie amateur» . Il est la traduction d’un article de Constantin Gillies publié en allemand dans Die Welt et premièrement intitulé « Die neue Vermessung der Welt »

L’article rappelle les présupposés d’une telle pratique : d’une part, la mise à disposition gratuite et en ligne de cartes diverses – mouvement initié par Google le 8 février 2005, mais suivi, entre autre, par Yahoo et Microsoft ; et d’autre part la possibilité pour l’internaute d’ « annoter et de fabriquer sa propre carte commentée ». C’est-à-dire de les personnaliser.

Une ambiguïté est cependant présente jusque dans le titre de la traduction française, qui n’est que partiellement représentatif de l’ensemble du contenu de l’article. Elle réside dans la confusion entre carte personnelle et carte personnalisée. Si la carte est effectivement personnalisée, c’est-à-dire qu’elle a fait l’objet d’une appropriation par une personne physique, est-elle pourtant représentative, dans ce qu’elle nous propose, d’une géographie personnelle, au sens d’une géographie du moi ? Certainement non.

Le mashup y est défini, entre crochets, comme « une application qui combine du contenu provenant de plusieurs applications plus ou moins hétérogènes. » Parmi les mashups, l’association d’une carte et d’un contenu en rapport avec un lieu est des plus intéressantes. Or il ne faut pas confondre deux informations de type bien différent, à savoir les cartes faisant l’objet d’annotation personnelle (annotations qui se rapportent au sujet annotant, subjective, mais à prétention parfois objective, d’où certains malentendus – « je suis là », ou « je suis passé par là », « je vous recommande cela parce que j’ai bien aimé », etc.) de celles faisant l’objet de superposition de cartes préexistantes, basées sur des données objectives en provenance d’organismes ou d’experts reconnus dans les domaines qui sont les leurs.
Dans le cas, et du point de vue du contenu – et non seulement du point de vue du producteur de la carte – il s’agit effectivement d’une géographie du moi (« ma carte », « ma géographie personnelle ») ; dans le deuxième, on se demande ce que le moi à bien à voir là-dedans, puisque le résultat est bien davantage d’un « outil de discours », comme Bernhard Rieder l’a signalé sur ce blog, voire même d’un nouveau type de discours : un savoir par la carte, puisque la carte finit par parler d’elle-même, en rendant visible des corrélations.

S’il est intéressant de remarquer combien les artistes anticipent, à l’instar de Pierre Joseph dans Mon plan de métro de Paris (2000), ces pratiques (voir à ce sujet le texte en ligne « L’art contemporain à l’œuvre… cartographique), la reconnaissance de trois cercles peuvent nous faire comprendre certaines différences par l’identification de la valeur d’usage de l’information déposée, plus ou moins individuelle et/ou collective :
1 – L’information ajoutée me concerne et j’estime qu’elle n’intéresse que moi (exemple : trajet détaillé sur Google maps dans le cadre d’une préparation d’un voyage). Elle est d’usage privé.
2 – L’information ajoutée me concerne mais j’estime qu’elle peut intéresser un un groupe d’individus identifiés (amis, collègues, « tribus »). Elle est d’usage semi-confidentiel ou, par effet de miroir, semi-publique. Il en va ainsi de http:/plazes.com site Internet cité dans l’article, dans lequel « les utilisateurs indiquent en temps réel le lieu où ils se trouvent et peuvent savoir où sont leurs amis – inscrits sur Plazes – à chaque instant ».
3 – L’information ajoutée ne me concerne pas a priori; elle provient d’un organisme ou d’experts jugés sérieux (information de type scientifique). Elle est de nature publique. On peut ainsi trouver quelque intérêt dans l’appropriation qu’en fait l’US Holocaust Memorial Museum quand il nous décrit les 1600 villages du Darfour ravagés avec témoignages, statistiques sur les populations déplacées et photographies www.citu.info/hyperurbain/?p=92 ; ou bien, à la carte du crime de Chicago chicagocrime.org/map/

L’articulation traditionnelle, binaire et exclusive, des notions privées/publiques – que Pierre Joseph fait se télescoper dans son plan de métro parisien personnel – nous empêche peut-être encore de bien cerner la nature de cet entre-deux que représente le second cercle. Les frontières entre ces différents cercles sont par ailleurs poreuses (je peux partager ma carte Google relatant mon voyage pour faire bénéficier mes amis des « bons plans » que j’aurais annotés). Mais, d’une manière générale, c’est la confusion très fréquente entre ces trois cercles qui rend indigeste la lecture de certains sites Internet participatifs et en constitue leur talon d’Achille. On pourrait résumer l’exaspération parfois ressentie par les questions suivantes qui ne manquent pas de revenir : « En quoi cela est-il sensé me concerné ? », « En quoi cette information est-elle valide ? » ; quand ce n’est pas : « A quand le retour des experts ? ».

La question est donc bien celle de la hiérarchisation des informations comme celle d’une gestion judicieuse des droits d’accès à ces informations, éléments de réponse à l’inévitable dérive inflationniste de l’information (ou infobésité) à l’ère du numérique, et pierre de voûte d’une écologie informationnelle. Mais réponse qui n’est pas facile à une époque de remise en cause des différents types d’autorités, phénomène conjugué à une exacerbation du moi dont certains des enjeux gagnent en visibilité (voire les dernières péripéties autour de l’utilisation des données personnelles de Facebook, qui ne constitue vraisemblablement qu’un chapitre dans la grande braderie de ce type de données).

C.L.